KikouBlog de tounik - Juin 2011
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Les moulins à vent d'Aoste

Par tounik - 02-06-2011 21:33:10 - 17 commentaires

« Un peu » dit-il …

C'était la réponse naturelle à la question « vous êtes fatigué ? »qu'on lui avait posé à plusieurs reprises depuis 3 jours. Cette réponse faisait sourire, probablement parce qu'elle était en décalage avec les traits tirés de son visage et la lassitude de son corps. Et pourtant, il était un peu fatigué, à ce moment là en tout cas, certainement porté par l'afflux d'adrénaline lié à la proximité de la fin de l'aventure. Il est à Bertone, assis sur un banc et regarde Courmayeur en contre-bas.


Il s'est élancé 5 jours plus tôt, pas vraiment prêt, les travaux de la nouvelle maison, un dernier contre-temps au travail... Sans importance,seule compte l'envie de courir, de découvrir cette magnifique vallée. Il est un Don Quichotte, ne cherchez pas d'autres explications à cette merveilleuse folie, rêver l'impossible et se dire pourquoi pas.


Il fait beau, il trottine dans les rues de Courmayeur au milieu des applaudissements, des encouragement et du bruit des cloches. Quelle fête …


Sur les autres courses, il attend le moment magique où tout bascule, ce moment où subitement il a la certitude d'arriver au bout et de franchir la ligne. Aujourd'hui il n'aura pas à attendre longtemps. Son inaccessible étoile est là sur le bord du chemin, la générosité de ses formes laisse à penser que ce sera bientôt une étoile double, alors il est simplement heureux. Il l'embrasse, persuadé de ne pas la revoir avant une semaine et s'élance avec les autre à l'assaut du premier col.


Que peut-il vous raconter de cette épopée ?


Le vent, le froid, la nuit à 3000 mètres, il a sur le dos tous les vêtements qu'il transporte dans son sac, tee-shirts, coupe-vent, gore-tex, bonnet, gants ...Il est avec Manu et ils montent vite pour se réchauffer jusqu'au moment où sa lampe le lâche. Il dit à Manu de continuer et se protège du vent derrière un rocher. Quelques minutes pour changer de piles et il est frigorifié, difficile de remettre les gants. Repartir vite, franchir le col et se retrouver à l'abri du vent, sensation relative de chaleur, les fourmillements dans les bras.


Les cols, trop nombreux pour en avoir un souvenir exact, les pentes vertigineuses, le sable gris qui roule sous les pieds, surveiller chaque pas pour ne pas se retrouver 100 mètres plus bas. Les pierriers qu'il faut traverser en inventant un chemin.


La nuit, naviguer de balise en balise quand le chemin est inexistant. Long périple épuisant, le faisceau de la frontale balaye l'obscurité, accrochant le minuscule carré jaune puis guide les pas pour déjouer les pièges... recommencer.


L'épuisement, quand le corps refuse d'aller plus loin. Pourquoi ici? Se coucher dans l'herbe 15 mn et repartir comme si le corps subitement régénéré avait tout oublié.


Se dire lorsqu'on aperçoit l'éclat du refuge Coda qu'on ne l'atteindra que dans plusieurs heures. Un regard sur le Grand Paradis que l'on a frôlé il y a deux jours. Etre bien ancré dans ses motivations pour ne pas se laisser dériver dans l'immensité.


Mais je préfère vous faire rêver d'une magnifique épopée où se mêlent en un souvenir confus des paysages fantastiques, des bénévoles adorables, des habitants accueillants.


La vallée du Piémont, immensité sans fin au passage du col Giassit, des cirques lunaires, un lac sur un plateau d'altitude, de la vallée verdoyante au sommet minéral, la diversité sans cesse renouvelée.


Les rencontres, les bénévoles souriants, les habitants de la vallée qui partagent l'évènement, la générosité du berger qui a installé une petite table et qui offre ses fromages, les regards croisés comme autant d'encouragements.


Les heures avec Cédric, chacun donnant tout sans calculer, prendre ensemble les bonnes décisions, s'arrêter ici ou plus loin, se coucher dans l'herbe ou dans un parking, continuer jusqu'au prochain refuge en fonction de l'heure, de la météo, de la fatigue …..Et cette lumière dans la nuit, c'est Nico qui vient à notre rencontre parce qu'il sait que cette étape est terriblement difficile, accompagné de Delphine, Céline et Raphaël, ils seront une présence discrète et réconfortante.


D'autres instants resteront inoubliables pour moi, des surprises qui profitent de la fatigue pour vous submerger d'émotion...


Voilà pourquoi je suis un peu fatigué. Alors que Nico est venu une dernière fois à notre rencontre, je m'offre, avec Cédric, une dernière cavalcade dans les rues de Courmayeur, formidable car inutile. Course folle vers l'instant que j'attends depuis une semaine, refermer l'anneau autour du doigt de ma dulcinée.


Je suis un Don Quichotte. Vous êtes certains que j'ai rêvé ?


Seuls ceux qui voient l'invisible peuvent réaliser l'impossible

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